La DMZ ou la séparation d'un peuple
La DMZ ou zone démilitarisée porte mal son nom puisque de part et d'autre de cette zone frontière de 238km de long et de 4km de large stationne environ 700.000 soldats nord-coréens et 410.000 soldats sud-coréens (à noter aussi la présence de plus de 40.000 soldats américains sur le territoire sud-coréen). A seulement 40km de Séoul, voir cette séparation et la tension qui y règne fait prendre conscience de la triste situation dans laquelle est la péninsule coréenne avec un peuple coupé en deux.
Bref, si parfois j'ai eu l'impression de me trouver à Disneyland étant donné que les sud-coréens sont prêts à tout pour attirer des touristes, le passage à la Joint Security Area (la première étape) n'a rien d'un parc d'attraction et permet de mettre les choses au clair. La DMZ est une relique de la guerre froide. Tout comme pour l'Allemagne autrefois, nous avons deux pays pour un seul peuple, physiquement séparé depuis la fin de la guerre de Corée en 1953. Cela signifie que les familles séparées durant les trois années d'une guerre dévastatrice n'ont jamais pu se recomposer ni même avoir des nouvelles de ceux qui sont de l'autre côté (que ce soit le nord ou le sud). En ayant cela en tête difficile donc d'accepter le côté business touristique de certaines étapes de cette visite.
Mais comme je le disais, pas d'artifice à la Joint Security Area de Panmunjeom. Ils y a de vrais soldats (sud-coréens et américains d'un côté et nord-coréens de l'autre), une vrai tension et une histoire avec de vrais morts suite à des incidents de frontière. Ainsi le camp militaire dans lequel nous passons avant d'atteindre la JSA proprement dite est le "Camp Bonifas" du nom du soldat américain tué en 1976 à coups de hache par des soldats nord-coréens. En 1984, un reporter soviétique en franchissant la ligne de démarcation, a provoqué un échange de tirs entraînant la mort de 4 soldats des deux camps. Il vit maintenant aux Etats-Unis.
Pas question donc de faire le mariole et le groupe de touristes (essentiellement américains) duquel je fais parti est bien encadré par des soldats américains qui font office de guide et des soldats sud-coréens qui n'ont pas l'air commode avec leurs poings serrés (ils restent comme ça des heures et même quand ils marchent, ils gardent leurs poings serrés, prêts au combat).
La suite en images :
On peut distinguer une bordure au milieu des bâtiments bleus qui servent aux rencontres intercoréennes : c'est la frontière... Le bâtiment en face est donc en Corée du Nord et les bâtiments bleus sont à cheval sur les deux territoires. A mon grand regret il n'y avait qu'un seul soldat nord-coréen au loin. Je crois que lors des visites ils préfèrent ne pas être à la portée des objectifs des touristes, ce qui est plutôt normal puisque l'on est pas à Disneyland... Je précise que je n'ai pas pu prendre toutes les photos que je voulais. Par exemple, impossible de prendre en photo le bâtiment sud-coréen (derrière moi sur la photo ci-dessus). Par contre nous avons pu aller à l'intérieur de ces bâtiments bleus, la porte côté nord-coréen étant bien entendu fermée et gardée de l'intérieur par un de ces playmobil sud-coréens (si si avec leur uniforme on dirait des playmobil !).
Pendant ce temps là le soldat nord-coréen regardait la scène...
Il faut savoir que parfois, soldats nord et sud-coréens se tiennent côte à côte à à peine 2m les uns des autres, sans pouvoir se parler ni même se regarder.
Outre la Joint Security Area, j'ai pu contempler la Corée du Nord de différents points de vue (les montagnes ont l'air encore plus belles au nord de la frontière et les paysages grandioses, malheuresement je n'ai pas toujours pu prendre de photos), je me suis rendu dans un tunnel creusé par les nord-coréens sous la frontière et j'ai finalement visité la gare de Dorasan où l'on peut voir "direction Pyongyang" sur les panneaux d'information. En cas d'ouverture de la frontière, tout est prêt... Mais aujourd'hui cela ne sert à rien puisqu'il n'est pas question de franchir la frontière sauf pour la centaine de travailleurs sud-coréens qui ont leur emploi dans le site industriel de Gaesong. Celui-ci est implanté au nord de la DMZ après un accord des gouvernements nord et sud-coréens : des entreprises sud-coréennes y sont implantées ; les cadres sont essentiellement du sud et la main d'oeuvre du nord. Voilà à peu près tout ce qu'il reste aujourd'hui des politiques de rapprochement entre les deux pays menées dans la première moitié des années 2000.
La première ville nord-coréenne de l'autre côté de la frontière avec son drapeau de 160m de haut (un record). Côté sud-coréen ils se sont arrêté à 100m ! Petits joueurs !
Vue vers le nord. De nombreux oiseaux vivient dans la DMZ car ils ne sont dérangés par personne. L'eau et les produits agricoles de la zone sont aussi réputés en raison de la faible pollution dans la région (il n'y a pas d'activité industrielle dans la DMZ).
Station de Dorasan. Qui veut un ticket pour Pyeongyang ?
Bref le bilan de cette journée est plus que positif. En voyant cela on prend réellement conscience de ce que signifie la séparation en deux d'un même pays. J'ai souvent été supris par le peu d'intérêt qu'ont beaucoup d'étudiants coréens pour cette question, d'autant plus que la frontière n'est qu'à 40km de Séoul...