Mais pourquoi la Corée ?
Que vais-je donc faire dans cette obscure et lointaine contrée, coincée entre un frère communiste au nord, de si nombreux chinois à l’ouest et d’extravagants japonais à l’est. Pour l’œil du profane, c’est un pays peuplé de jaunes comme un autre avec son miracle économique, un petit arrière-goût de guerre froide en plus. En effet, le seul moment où nous prêtons une attention particulière à la Corée du Sud est lors d’un nouvel épisode de tensions avec le nord. Nous sommes bon public car de ce côté-là c’est un peu toujours la même chose depuis la fin de la guerre de Corée en 1953… Plus récemment, on a eu le droit à « Pyeongchang 2018 » pour les jeux olympiques d’hiver, qu’il ne faut d’ailleurs pas confondre avec la ville de Pyongyang, capitale de la République Populaire Démocratique de Corée c’est-à-dire de la « Corée du Nord ». Certains journalistes étaient en effet hésitant quant au nom de la ville hôte des jeux olympiques d’hiver 2018, d’où cette précision.
Ainsi, bien que je ne sois d’habitude pas adepte de ce genre de généralité, je pense pouvoir dire sans me tromper que le français ne connaît généralement pas le coréen. Souvenez-vous de la Coupe du Monde de football 2002 au Japon et en Corée du Sud ; Thierry Roland se trompant sans cesse dans le nom des joueurs coréens en avait conclu : « Il n'y a rien qui ne ressemble plus à un Coréen qu'un autre Coréen, surtout habillé en footballeur, d'autant plus qu'ils sont tous bruns et qu'ils mesurent tous 1 mètre 70 ». Le saint homme ! Il avait tout compris ! Les coréens seraient donc de petits êtres jaunes et identiques, ceux-ci portent d’ailleurs souvent le même nom de famille : Kim, Park, Lee… ces trois patronymes représentent à peu près 45% de la population coréenne selon mon guide de voyage.
Croyez-en l’expérience de mes amis coréens : français vous êtes prompt à juger « l’asiatique » (c’est le mot politiquement correct pour dire « jaune » ou tout autre appellation du même type ; si vous aimez ce genre de petit surnom je vous conseille d’ailleurs Gran Torino de Clint Eastwood, bref je m’égare) ! En effet, « l’asiatique » est nécessairement chinois (ils sont si nombreux ces bougres de chinois) et si il ne l’est pas, c’est que c’est encore un touriste japonais qui va bientôt vous demander de le prendre en photo ! Les français les plus farfelus pourront émettre l’hypothèse du vietnamien. En revanche point de coréen…
Pourtant à l’avenir il faudra compter avec ces coréens aujourd’hui invisibles. J’aimerais paraphraser Malraux et déclarer : « Le XXIème siècle sera asiatique ou ne sera pas », mais à vrai dire je n’en sais rien. Les apparences sont si souvent trompeuses. Ce qui est sûr en revanche, c’est que la Corée du Sud fait déjà partie de ces nouveaux « pays à haut revenu ». Les chiffres de la Banque Mondiale sont éloquents (http://donnees.banquemondiale.org/pays/coree-republique-de ; chiffres pour l’année 2010) : 14e pays du monde en termes de PIB (en USD courants) ; 27e en ce qui concerne le PIB/habitant soit 20757$ (en USD courants) - à titre d’exemple la France est 17e avec 39460$ - ce qui place la Corée du Sud au niveau d’un pays comme le Portugal ou la République Tchèque. Avec ses 50 millions d’habitants et des problèmes démographiques (l’indice de fécondité est à peine de 1,3 enfant par femme en 2009 soit un des plus faible au monde, tandis que dans le même temps l’espérance de vie à la naissance continue d’augmenter et a récemment dépassé les 80 ans en moyenne hommes/femmes), ce pays connaîtra dans les années qui viennent les mêmes problèmes de financement de la protection sociale et de croissance que les vieux pays développés d’Europe. Nous n’en sommes pas encore là puisque la Corée du Sud peut se targuer d’un taux de chômage de 3,6% en 2010 avec une croissance de 6,2%. La participation de la République de Corée au G20 est sans aucun doute la marque d’une appartenance à la cour des grands.
Sur le plan culturel, vous êtes peut-être passé jusqu’ici à côté du hallyu 한류, cette vague culturelle sud-coréenne : films, musique etc. Pourtant, en France aussi on commence à entendre de la « K Pop » (oh malheur, je laisse découvrir ceux qui ne connaissent pas) et à récompenser le travail de cinéastes sud-coréens (là, cela me semble davantage justifié). L’exportation culturelle est sans aucun doute le révélateur d’une certaine présence sur le plan mondial. Aucune puissance n’a pu s’imposer comme telle sans avoir une influence culturelle réelle.
La Corée du Sud, pays méconnu, sera donc à l’avenir un partenaire toujours plus important sur le plan économique, culturel ou même politique. En temps qu’étudiant à Sciences Po (Rennes) que me fallait-il de plus pour choisir cette destination ? « Mieux vaut comprendre peu que comprendre mal » disait Anatole France, je tenterai donc de me conformer à son enseignement. Pendant un an je souhaite partager certains aspects de mon expérience coréenne à travers ce blog. Je pense que mes articles seront plutôt longs et peu fréquents car cela est plus conforme à ma manière d’écrire. A bas les dissertations de 3h dans un amphi surchauffé ! Cette année je ferai selon mon bon plaisir… Bref, je souhaitais en rajouter une couche mais je pense que cela suffira pour cet article introductif. Dans quinze jours ce sera le grand saut pour une année, je n’en doute pas, palpitante.
